Hobby #4
Quand l'Univers conspire
Déjà le quatrième chapitre!
Merci à vous de continuer à me lire. 😊
La dernière fois, vous avez voté pour “Une surprise et un chagrin”. Alors voici la suite de l’histoire d’Aëlys, une femme au bout de la quarantaine qui, après un burn-out, décide de retrouver sa créativité. Retrouvez tous les chapitres dans l’ordre sur la page dédiée.
20 janvier
Pas eu le temps d’écrire depuis trois jours.
Tout est bouleversé.
Rose est rentrée à la maison, ravagée par le chagrin.
Une histoire d’amour qui s’est mal terminée, d’après ce que j’ai pu comprendre.
Un jeune homme avec qui elle sortait en pointillés depuis la rentrée. Qui l’a trompée. Et pas qu’une fois. Avec plusieurs autres filles. Visiblement, il avait compris qu’il était libre entre les pointillés... Rose a parlé d’une vidéo qu’une copine lui a montré. Des ébats filmés. Heureusement, pas avec ma fille. Et maintenant, elle ne veut plus retourner à Rennes, a décidé d’arrêter ses études d’ostéopathie.
Antoine est catastrophé. Moi, je ne sais pas bien démêler encore tout ce que cela suscite en moi comme émotions. C’est pour cette raison que je me suis éclipsée ce soir, pour venir ici, restaurer le calme en moi et tirer les différents fils, essayer de comprendre, y voir clair. Que faire? Que dire? L’obliger à y retourner quand même? Elle ne peut pas tout laisser tomber pour un chagrin d’amour! Parce que c’est peut-être le premier, mais sûrement pas le dernier...
Que c’est difficile d’être mère! Je voudrais soutenir ma fille, mais aussi l’inciter à être forte, à ne pas renoncer à la vie qu’elle s’était choisie parce qu’un garçon l’a rendue malheureuse. Autrefois, avant mon burn-out, j’aurais sans doute montré mon versant inflexible, je lui aurais dit, bon tu te reposes trois jours et puis je te ramène. Il n’y aurait pas eu de place pour la discussion.
Mais aujourd’hui, je ne suis plus la même. Je suis devenue poreuse, et j’ai retrouvé cette empathie que les circonstances m’avaient obligée à enfermer à double tour au fond du cachot de mon cœur. Je ressens le chagrin de Rose comme si c’était le mien. Et même si je sais que le temps fera son œuvre, je n’arrive pas à lui montrer le chemin.
Mais il y a quelque chose de plus trouble aussi, et je ne peux le dire qu’ici : je suis en colère. J’envisageais à peine une vie pour moi, et voilà que le hasard menace de rompre le fragile équilibre qui commençait à émerger. Parce que soyons clairs : si Rose arrête ses études, elle va revenir à la maison. Occuper l’espace comme l’ennemi occupe le territoire. Laisser trainer ses fringues partout. Piller le frigo. Oublier d’étendre son linge. Je ne sais pas si j’ai la force et l’envie de soutenir, d’être disponible, corvéable, nourricière. J’ai déjà du mal par moments avec Lucas.
C’est très égoïste je sais, et pourtant c’est là. Cette colère, elle existe, je ne peux plus faire comme avant, et l’ignorer ou la sublimer par plus d’acharnement au travail. Je ne peux plus faire semblant, mais je n’assume pas encore tout à fait ce qui me traverse. D’où ma difficulté à consoler Rose, à lui indiquer la direction à suivre. J’ai toujours eu du mal avec l’ambivalence que je sens en moi.
Je suppose que ce ras-le-bol ne vient pas de nulle part. Que c’est, comme toujours, l’histoire de la goutte qui fait déborder la fosse... J’ai été formatée pour m’occuper des autres, à mon détriment. Et maintenant que je commence à retrouver un peu d’espace, un peu de liberté, on veut me les confisquer. Ça me met en rage. Une rage qui me fait honte. Une rage qui me donne l’impression d’être nulle et minable.
21 janvier
Les choses se tassent. Je ne sais pas par quel miracle, mais il semblerait que Rose ne soit plus aussi déterminée à tout lâcher. Je ne sais pas s’il existe un dieu que je dois remercier, mais je respire mieux. Peut-être mon mari. Ça l’amuserait de savoir que je le mets, pour une fois, sur la même étagère du haut qu’un hypothétique dieu...
J’ai bien fait de ne pas trop intervenir.
Antoine est parti hier avec Rose pour une longue balade sur la plage de Kervel. Apparemment, d’après ce qu’il m’a raconté, ils ont bien discuté. Rose s’est calmée et a admis qu’un chagrin d’amour n’était pas une bonne raison pour tout planter. Si ses études d’ostéopathie ne lui plaisaient plus, ce serait différent. Mais là, lui a expliqué Antoine, elle s’inflige la double peine. Elle souffre de cette rupture, et en plus elle voudrait se priver d’avenir? Oui, mais papa, lui a-t-elle dit, quand on s’entraine aux manipulations, les uns sur les autres, il peut me toucher, et moi je dois le toucher, et maintenant il me dégoûte. Je ne veux plus rien avoir à faire avec lui.
Antoine a trouvé la solution : “Demande à changer de groupe, en expliquant sincèrement tes raisons. S’ils ne sont pas trop bêtes (et s’ils ne désirent pas renoncer aux frais de scolarité exorbitants qu’on doit verser), ils accepteront. De fait, elle a appelé en début d’après-midi, et la responsable s’est montrée très compréhensive.
Je me sens incroyablement soulagée. Pour elle bien sûr, et aussi pour moi. Je ne me sens pas moins coupable pour autant. Il est temps que j’aille voir ma psy, pour lui parler de tout ça. Elle va m’aider à remettre un peu d’ordre dans mes pensées. C’est tellement le vrac dans ma tête... Avec ça, j’ai oublié toutes mes préoccupations artistiques.
24 janvier
Ah, m’a dit ma psy, vous voilà confrontée à votre ombre, quand je lui ai parlé de ma réaction au retour de Rose. Ma part d’ombre... c’est étrange, je n’avais jamais entendu parler de ça, et pourtant je l’ai toujours sentie, cette ombre qui, en moi, prendrait plutôt l’aspect d’un marigot aux eaux noires et inquiétantes, comme si des prédateurs d’un autre monde y étaient tapis.
Vous avez été éduquée de telle manière que vous ne pouviez montrer que votre visage de gentille fille, de bonne élève, de belle personne. Et maintenant, vous découvrez que vous avez aussi un visage plus sinistre, pas très beau à voir, assez répugnant en fait.
Je ne l’aurais pas dit comme ça, mais soit...
En me disant cela, ma psy a ouvert la boite de Pandore.
Je me suis revue quand je travaillais encore dans le groupe, quand le harcèlement a commencé, initié par celle dont je ne veux plus prononcer le nom. J’ai pensé aller crever ses pneus. Mettre le feu à son Audi toute neuve. Saccager son bureau et écrire ce que je pensais d’elle au mur, avec une bombe de peinture rouge. Toute cette violence en moi, cette impuissance qui me donnait des envies de meurtre. Cette envie de blesser à mon tour, de faire du mal.
Je me suis revue avec Lucas quand il était petit. Ses pleurs incessants, les premiers mois et mes nerfs portés au point d’incandescence. Cette fois où je l’ai presque jeté dans son lit. Cette rage devant mon impuissance à le calmer, à faire taire ses pleurs.
Je me suis revue avec cet homme, avant Antoine, que j’ai connu. Qui voulait et qui ne voulait pas. Qui m’utilisait quand il en avait besoin - oui, je me souviens qu’il parlait de besoin, quand moi j’aurais tellement voulu qu’il utilise le mot désir. J’avais envie de le secouer, de lui hurler dessus. Qu’est-ce que tu veux à la fin? Mais je ne disais rien. Je subissais. Je m’adaptais. J’avais peur de le perdre, moi qui avais déjà si peu...
J’ai pleuré sous le torrent de boue que ma psyché a déversé. J’étais comme terrassée par ce dragon de malheur, là, dans le fauteuil du cabinet feutré de ma psy. Ça m’était déjà arrivé, mais pas comme ça. Pas avec ce désespoir-là. Qui suis-je vraiment? lui ai-je demandé.
Vous avez fait un grand pas aujourd’hui, Aëlys. Je sais que c’est très difficile, mais il faut en passer par là. Sinon on reste coincé derrière le masque. Vous allez souffrir pendant un moment, sans doute, mais ensuite vous serez libérée. Vous n’aurez plus besoin de faire semblant.
Depuis, toutes les nuits, je rêve que je marche dans un champ de ruines.
27 janvier
Il s’est passé une chose incroyable.
Quand je pense à la détermination qu’il a fallu pour que ça arrive jusqu’à moi!
La petite dame qui m’avait consolée pendant le stage de peinture. Elle a réussi à se procurer mon nom auprès de la prof. Elle voulait mon numéro de téléphone, mais Laura ne l’avait pas. Alors elle m’a cherchée “sur le Google“ comme elle me l’a expliqué plus tard. Elle a trouvé mon profil sur LinkedIn (qu’elle a prononcé Linnequedun). A appelé le Groupe. Léa, mon ancienne assistante a refusé de lui donner mon numéro de portable. La petite mamie ne s’est pas démontée. Elle a vu le profil d’Antoine, relié au mien par le même nom. Elle a trouvé son numéro à lui, et l’a contacté. Quand il a su de quoi il s’agissait, il lui a donné mes coordonnées. Et enfin elle a pu m’appeler.
Tout ça pour me dire qu’elle a entendu parler d’un prof de peinture. Quelqu’un de très doué, m’a-t-elle assuré, très pédagogue. Il donne des cours dans son atelier des monts d’Arrée. Je me suis dit que ça pourrait t’intéresser, mignonne. Alors tiens, voilà son numéro. Il s’appelle Victor. Il a un nom de famille aussi, mais je ne me souviens plus, ça sonnait anglais. Et sans que j’ai eu le temps de la remercier, ou seulement de lui demander son nom à elle, elle m’a raccroché au nez!
Il est tard. Je n’ai pas encore appelé Victor.
Je me sens épuisée par l’ascenseur émotionnel de ces derniers jours.
Ma psy m’a prévenue : quand l’Univers commence à conspirer en votre faveur, Aëlys, l’histoire s’emballe.
A votre tour! Votez pour orienter la suite de l’histoire… et abonnez-vous à Spirale pour ne manquer aucun épisode.
Option 1 : Le hasard est la matière première.
Option 2 : Un secret n’existe que pour être dévoilé.
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J'adore l'histoire ! Ce chapitre est presque le mien ! Cette rage et violence qui submerge et qu'il faut cacher et sourire... 😨
Je connais ce sentiment, d'avoir envie d'espace, de temps pour soi, de solitude mais toujours en arrangeant et en s'occupant des autres...
Maintenant, le temps a passé et j'ai enfin ces moments pour moi pour pouvoir laisser le balai et créer dans mon atelier !! 🖌🎨
Merci d'avoir mis des mots sur ces ressentis, je me pensais un peu seul avec cela ! 🙏🙏
Bonjour Gwenaelle, ce dernier chapitre m'a fait sourire... ce sourire de celle qui ressent ce que tu écris et qui me ramène quelques années en arrière, traversant un tsunami Interieur et exterieur et faisant connaissance de ma propre ombre. Après cela pas de retour en arrière possible.... l'apprentissage du NON salvateur... l'acceptation de cette dualité et l'accueil bienveillant de ma propre authenticité... un travail au quotidien... qui s'avère cependant de plus en plus facile... question de routine. Vivement samedi prochain pour découvrir la suite...