Hobby #14
Bad trip
Après un intermède qui nous a permis de survoler l’histoire pour mieux comprendre les trajectoires des différents protagonistes, on replonge aujourd’hui dans le journal d’Aëlys. La dernière fois vous avez voté pour : “L’indicible n’est jamais très loin”.
28 mars
Petit chauffage de la tasse au creux de ma main. Matin frais, le vent agite le forsythia en fleurs dans le jardin, et tous les arbustes dont les branches ne présentent encore que des bourgeons près d’éclore. Il fait froid dans la maison, mais c’est peut-être un effet de la solitude. Antoine parti en déplacement pour la semaine à Paris. Lucas chez mes parents pour les vacances. Et Rose qui ne rentre plus qu’épisodiquement, elle s’est trouvé une bande de potes et ne vit plus qu’en tribu.
Elle n’appelle pas, mais m’envoie quelques messages de temps en temps. Des photos de son quotidien, un tag sur un mur, trois pâquerettes qui poussent dans une zébrure de l’asphalte. Je veux croire qu’elle va bien. Je lui réponds de la même façon. Elle est à cet âge où, en tant que parents, on reste vigilant tout en cherchant à se faire le plus discret possible pour ne pas empiéter sur sa vie d’adulte débutante. Je sais qu’elle et son frère discutent aussi de temps en temps. Ça me rassure.
Je suis seule dans la maison donc. Tout ce silence. Je ne suis pas habituée. Et je tourne un peu en rond, déstabilisée par cette situation où je me retrouve face à mes pensées toute la journée, sans espoir de distraction. Je suis retournée voir Victor il y a dix jours, et j’y retourne après-demain. J’ai hâte autant que je redoute ce moment. Rien ne s’est éclairci, sauf peut-être ma peinture. N’hésite pas à mettre de la lumière, Aëlys, me dit-il souvent, beaucoup de lumière. On en a bien besoin.
En guise de petit-déjeuner, car oui, il n’est que huit heures, je me suis fait deux tartines grillées avec du fromage frais et des rondelles de concombre, parsemées de sel et d’ail des ours. Pourquoi je ne pense jamais à manger ça quand les autres sont là? Pas de radio, pas de discussion, pas d’appel au secours - Mama, j’ai plus de chaussettes! Rien que le bruit de ma mastication et dehors, les goélands qui découpent le ciel en tranches du bout de leurs ailes effilées. Je mastique aussi mes pensées. Où est Antoine en cet instant? Et pourquoi a-t-il fait si attention au contenu de sa valise avant de partir, lui qui aime d’habitude aller au bureau avec des vêtements relax? Que sont devenus les amis qui m’avaient offert cette tasse, il y a bien longtemps? Etoile morte des amitiés éteintes et que rien jamais ne viendra réveiller.
J’ai ouvert mon portable, et puis je l’ai refermé. Que m’importe la vie des autres, leurs routines, leur astuces et leurs réflexions? C’est de la mienne que je dois m’occuper. Vous savez Aëlys, m’a dit ma psy, lors de la dernière consultation, vous avez grandi persuadée que l’extérieur méritait plus d’attention que vous. Vous avez fait comme le tournesol, vous avez tourné toutes vos facultés vers les autres, vous avez cherché à combler les désirs de votre mère, à apaiser la tristesse de votre père, à tenir la main de votre petite sœur. Mais vous dans tout ce système? Quelle était votre place? Où était l’espace qui vous permettait de vous déployer?
Je n’en avais pas. Je n’avais pas de place. J’étais comme ces arbres chétifs qui lancent tout droit leur unique branche vers la lumière, sans cesse empêchés, contrariés par les arbres plus grands et plus forts qui poussent autour. Cette place aujourd’hui, je commence à la retrouver. Comme on teste la température de l’eau du bout du pied, j’en explore les contours. Je suis loin d’en avoir atteint les limites.
Plus tard, je me suis mariée et j’ai vite eu des enfants. Dont je devais m’occuper. Je ne dis pas qu’Antoine n’a pas fait sa part, bien au contraire. Mais c’était aussi pour moi une manière de maintenir ce système que j’avais toujours connu, où l’extérieur semblait compter plus que l’intérieur. Et puis ensuite le boulot, évidemment. La carrière. Amusant comme on utilise ce mot, comme on l’encense, en oubliant qu’une carrière, c’est aussi l’extraction de toutes les richesses qui composent le sol.
Allez, je vais marcher un peu, faire le tour des plages, longer le Port-Rhu et puis remonter, et m’enfermer dans la cuisine qui me sert d’atelier, tant que je suis seule, toute la matinée. J’ai pris l’habitude de couper mon portable. Ma manière de dire « je n’y suis pour personne », et de pouvoir ainsi m’occuper de ma vie, de mon art, sans être dérangée. Et je suis sûre que Victor approuverait ma détermination, s’il me voyait. Je me demande ce qui se passe dans sa cuisine à cet instant. Prend-t-il son café, la tête de sa chienne fidèle posée sur sa cuisse? Va-t-il mouiller le bas de son pantalon dans la rosée des chemins avant de prendre son petit-déjeuner? J’ai beau l’approcher de très près, je ne sais presque rien de lui. Comme le disait joliment Bobin cependant, il y a ce qu’on sait et il y a ce qu’on sent. Et c’est bien plus vaste que toute forme de connaissance.
30 mars
De retour de mon escapade créative dans les monts d’Arrée. Escapade avortée en quelque sorte. J’écris pour essayer de prendre la mesure de ce qui s’est vraiment passé.
A peine arrivée, Victor m’a dit, on repart. Prends juste ton carnet de croquis et de quoi crayonner, quelque couleurs. Il avait l’air sombre, presque triste. Je n’ai pas cherché à savoir ce qui se passait. Il s’est installé dans ma voiture, en passager et m’a donné des indications qui nous ont menés à un minuscule parking sur le bord de la route. De là débutaient des chemins, dont un qui grimpait bien, un sentier raviné par les pluies, plein de cailloux gris et tranchants. Evidemment, c’est par là qu’on est partis.
Tuchenn Kador m’a dit Victor, comme si cela suffisait comme explication. Il portait, lui aussi un sac, rempli de je ne sais quoi. Il marchait devant, et je ne voyais que son dos, ses cuisses moulées par le pantalon de randonnée qu’il portait. Taché, comme d’habitude. Cet homme n’a aucun soin pour sa garde-robe. Je ne le vois pas faire précautionneusement sa valise comme Antoine à la veille d’un déplacement. Il doit plutôt être du genre à jeter trois trucs dans un sac informe. Ses pieds, solidement chaussés de chaussures de marche se posaient avec agilité sur les pierres qui ne roulaient pas.
Je l’ai suivi sans rien dire. Alors que j’avais envie de parler, de poser des questions. Tu es encore en train de faire en fonction de quelqu’un, me suis-je dit. Parle si tu en as envie! Mais il me semblait que Victor était environné d’un champ de force magnétique qu’aucune parole ne pouvait percer. Je l’ai laissé prendre de l’avance. De temps en temps, je m’arrêtais pour contempler le paysage. A gauche, la surface gris anthracite du lac de Brennilis, et tout autour la nature sauvage, jusqu’aux éoliennes qui semblaient plantées au loin pour garder l’horizon. A droite, le moutonnement des collines, les arbres encore nus, des pâturages, des champs, et plus près, de la lande, des touffes d’herbes énormes, des fougères sèches. Enfin, arrivé à un tas de pierres, Victor s’est arrêté.
- On va se poser là, a-t-il dit.
Là, deux pensées m’ont traversé l’esprit. Pour quoi faire? Et heureusement que je me suis habillée chaudement. Un vent d’ouest charriait quelques nuages et soufflait des bourrasques qui refroidissaient tout.
Ici, a dit Victor, en montrant un repli à l’abri du vent. On sera bien. Il a sorti un carnet de son sac. J’espérais un café mais je n’ai rien dit. J’ai fait comme lui, me suis installée sur son flanc droit et j’ai sorti mon matériel.
- Qu’est-ce que tu vois? m’a demandé Victor.
- Le lac, les tourbières, la forêt…
- Un paysage autrement dit?
- Oui, c’est ça. Je ne voyais pas du tout où il voulait en venir.
- Et comment ça se dessine un paysage?
- Eh bien, je ne sais pas, des traits, des formes, des masses.
- Ok mais qu’est-ce qui guide ta main? Le réel ou autre chose?
- Je ne vois pas où tu veux en venir Victor. Ça me perturbe, j’ai l’impression que je ne vais pas trouver la bonne réponse.
Enfin, il a souri. Dit :
- Excuse-moi. Je ne suis pas moi-même depuis ce matin. Ce que je veux savoir, Aëlys, c’est ce que ce paysage te fait. Quelles émotions, quels sentiments, quels souvenirs il évoque en toi? C’est ça qui est important. Le réel, tout le monde peut le dessiner, avec un peu d’application et de travail. Mais ce que ce paysage là - et il a fait un large geste de son bras gauche - te fait à toi - et de son index droit il a tapoté mon épaule - c’est ça que je veux savoir en tant que spectateur. Qu’est-ce qui se passe en toi quand tu es ici?
Mon dieu, mais je n’en sais rien! C’est la première réponse qui m’est venue. Mais je n’ai rien dit. Parce que les mots de ma psy ont aussitôt résonné en moi : ce n’est pas que vous ne savez pas Aëlys, c’est plutôt que vous avez peur de savoir. Alors j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai dit.
- Ce paysage me fait penser à toi, Victor.
Il m’a regardé, le regard brillant, mais sans chercher à m’interrompre.
- Ce paysage, pour moi, c’est toi. Rugueux, mystérieux, changeant, un charme incroyable, un charme qui relève presque de la magie, l’impression que je ne pourrai jamais en faire le tour, jamais tout savoir.
En parlant, je fixais mon regard sur la surface du lac qui s’était mise à briller, parce qu’un peu de soleil était apparu, entre les nuages. Il ne fallait surtout pas que mes yeux se posent sur Victor. Sinon, sinon… je ne sais pas ce qui se serait produit, mais je ne voulais pas que ça risque de se produire.
- Alors, a-t-il continué, qu’il s’agisse d’un paysage ou d’un homme, comme ça se peint, comment ça se dessine le rugueux, le mystérieux, le changeant? Comment tu peux rendre ce charme qui relève de la magie? Dire ce que ce paysage te fait à toi, là, dans tes tripes, dans ton cœur, dans ta poitrine?
Je n’ai pas répondu. J’en étais incapable. J’ai sorti mon carnet de croquis, la petite trousse qui contient des fusains, des crayons, des feutres, des craies aquarellables. Et j’ai commencé à tracer. Au début, ma main tremblait, effet secondaire de mon audace sans doute, et du froid, qui pénétrait ma parka. Mais peu à peu, je me suis laissée absorber par la tâche. Je voyais ce que Victor voulait dire, mais je trouvais incroyablement difficile de répondre à cette question : qu’est-ce que ce paysage me fait?
Et puis j’ai eu l’idée d’utiliser mes doigts pour étaler la matière, le fusain, les craies. En touchant directement le papier, quelque chose est venu. Mes doigts caressaient la page, comme ils auraient pu caresser le paysage, ou la peau de l’homme qui était à côté de moi. Ça aurait pu être très perturbant comme pensée, mais curieusement, le contact direct avec le carnet a apaisé tout ce qui s’agitait en moi. J’ai fait plusieurs croquis à la suite, tournant frénétiquement les pages, luttant contre le vent pour que mon carnet reste ouvert. J’avais oublié mes pinces à dessin.
Victor, à côté de moi, faisait de même. Et de temps en temps, je jetais un œil sur ce qui se passait sur sa page. Ses traits affirmés, la force de l’évocation et une manière d’aller directement à l’essentiel. Ses dessins étaient comme lui : solides, compacts, exprimant en quelque traits quelque chose d’immuable et d’éternel.
Plus tard, après avoir rangé son matériel, il a sorti une gourde thermos de son sac et deux tasses en métal. Il a versé le café, m’a tendu une tasse en me disant, attention ça brûle. J’avais des mitaines et la tasse chauffait mes mains à travers la laine. Victor faisait de même, sans mitaines lui. Il soufflait doucement sur sa boisson en regardant vers l’est, là où le soleil brillait par intermittence. On voyait l’ombre des cumulus courir comme un troupeau de bêtes en fuite sur le sol.
- Je ne suis pas un homme pour toi, Aëlys…
- Quoi?
Il a tourné la tête vers moi, m’a souri.
- On ne va pas se raconter d’histoire. On est adultes tous les deux, et on sait bien comment ça se passe non? Tu ne vas pas jouer l’épouse effarouchée, et moi je ne vais pas faire l’hypocrite.
Qu’est-ce qui se passait? Pourquoi me parlait-il ainsi?
- J’ai connu l’amour de ma vie, a poursuivi Victor, et je pense qu’après elle, je ne pourrai plus jamais aimer comme ça. Et je suis un de ces sales types qui veulent toujours le meilleur, le maximum, l’excès. Qui ne peuvent pas se contenter du simple, de l’évident. J’ai besoin que ce soit complexe, déchirant, brûlant, passionné, atroce. J’ai besoin de verre brisé et de réconciliations sur l’oreiller. J’ai besoin que ça me secoue dans tous les sens parce que je suis ce genre d’artiste, qui a besoin des montagnes russes d’un amour passionnel pour créer.
J’ai voulu parler, mais Victor a posé son doigt sur mes lèvres.
- Laisse-moi continuer. Je te vois, Aëlys. Tes regards, tes joues qui se colorent. Ton malaise parfois. Tu crois que tu es attirée par moi, mais tu te trompes. C’est ma force, ma détermination qui t’attirent comme un sortilège. Ce que tu prends pour du charme, c’est juste ce désir en toi de prendre appui sur moi pour affirmer celle que tu es.
Je suis restée silencieuse. Je sentais une ébullition se former en moi, une fureur qui montait en flèche. Qui était-il ce Victor pour me dire ce que je ressentais ou pas? Etait-il sous ma peau? Non, il n’était qu’un homme de plus qui croit avoir saisi les rouages du cœur d’une femme, comme ça, sans rien savoir et surtout sans poser de questions. Mais pour qui se prenait-il? J’ai tourné mon regard vers lui et il a vu ma colère flamboyer. Je me suis relevée, j’ai balancé le reste de café sur les pierres, et j’ai posé la tasse à côté de son sac. Et puis bien vite, je me suis dépêchée de ranger mes affaires et j’ai commencé à redescendre le chemin à toute vitesse. Les pierres roulaient sous mes pas. J’entendais Victor m’appeler, mais du diable si j’allais m’arrêter, et l’attendre, et l’écouter raconter ses imbécillités.
En bas du chemin, je me suis retrouvée face à un dilemme. C’était ma voiture qui était garée là, et je pouvais repartir à Douarnenez et ne plus jamais voir ce gars. Mais mon vieux système s’est remis à tourner. Comment allait-il rentrer? Il y avait au moins dix kilomètres jusqu’à sa ferme. Il n’a qu’à marcher a dit la femme en colère qui fulminait en moi. Mais je ne pouvais pas faire ça. Je me suis mise au volant et j’ai attendu. Il a fini par arriver, il a ouvert la portière, s’est installé. Quand j’ai voulu démarrer, il posé sa grosse patte poilue sur ma main et a dit : attends.
- Je suis désolé. D’accord? Je n’aurais jamais dû dire ça. C’était présomptueux, stupide et totalement déplacé. Tu n’es pas obligée de me croire, mais je regrette vraiment. Je ne sais pas ce qui m’a pris.
Je ne répondais rien. Il a continué.
- Je me suis réveillé ce matin avec le cœur en berne, ça m’arrive de temps en temps, quand je repense au passé, et comme l’alcool ne peut plus me consoler… J’imaginais ce que j’aurais pu faire, avoir, si j’avais été moins… moins je sais pas quoi, moins « moi » peut-être. Je sens cette attirance entre nous Aëlys, je ne vais pas faire semblant de ne rien voir. Et j’ai peur de t’abîmer, de te faire du mal. De te conduire sur une voie qui ferait exploser toute ta vie. Je ne veux pas être responsable de ça.
J’ai démarré. Je l’ai ramené chez lui. Au moment de sortir, il m’a dit,
- Viens, viens à l’intérieur. Je ne veux pas qu’on se quitte comme ça. On mérite mieux que ça tous les deux, que de tout fracasser sur une erreur et une incompréhension.
J’ai soupiré. Je l’ai suivi.
- Je voudrais tellement que les gens osent dire ce qu’ils ont sur le cœur, a dit Victor en versant du thé en feuilles dans une théière.
- Mais tout ne peut pas être dit, enfin!
- Mais pourquoi? Pourquoi? a-t-il insisté en tournant la tête vers moi.
Je l’ai vu verser l’eau chaude sur les feuilles. Sa main tremblait un peu. De l’eau a coulé sur le plan de travail.
- C’est pour ça qu’on devient artiste, a-t-il poursuivi, parce que le monde est trop petit, parce que si on dit vraiment ce qu’on pense, ce qu’on rêve, ce qu’on désire, les autres ont peur. Ça les fait fuir. On est trop. Trop tout : trop sensibles, trop émotifs, trop entiers, trop touchés, trop exigeants. On veut le soleil, et la Lune et toutes les étoiles, même celles qui sont mortes. La toile, la musique, les mots du poème deviennent alors notre manière de dire l’indicible. Mais entre nous? Aëlys, entre nous! Dis-moi, dis-moi vraiment ce que tu as sur le cœur. Aujourd’hui, là, maintenant.
Je voyais les rayons du soleil se poser sur la table. La pendule tique-taquait. Un tableau au mur était de travers, comme si on l’avait mal reposé. La chienne respirait doucement dans son panier. Tout était normal, et plus rien ne l’était.
- Victor, arrête. Ne m’oblige pas à parler, à dire ce qui n’appartient qu’à moi, et qui est encore confus, nébuleux. J’apprécie immensément de venir ici, d’apprendre avec toi. Et je fais bien attention de ne pas tout mélanger, et toi, tu arrives là, avec tes gros sabots pleins de peinture, et tu veux m’extorquer une confession que je ne veux pas faire, que je ne ferai peut-être jamais. Et si en voulant éviter le pire, tu avais tout gâché? Tu y as pensé à ça?
- Pardon a dit Victor, penaud comme un enfant qu’on a mis au coin.
- Mais si tu as besoin de parler, besoin d’une oreille où déverser les mots qui te restent en travers de la gorge, je suis là. Je n’essaierai ni de trouver des solutions, ni de te convertir à quoi que ce soit. Promis. J’écouterai et puis c’est tout.
La chienne a bougé dans son panier, soupiré d’aise. Et puis s’est rendormie. Le thé fumait dans les tasses. L’escalier a craqué.
- Non, a dit Victor, en secouant la tête, non, tu as raison. Je mélange tout, je ne vois plus clair. Rentre chez toi, et profite de ta journée, il n’est même pas midi. Ce que j’aurais dû faire, c’est t’appeler ce matin pour annuler, te dire que je n’étais pas en état. Et tu l’as vu, je ne suis pas en état.
Je me suis levée sans avoir touché au thé qu’il m’avait servi entre temps. J’ai posé ma main sur la sienne, pour lui dire que je ne lui en voulais pas, et je suis partie. Etrange ça, avant même de savoir ce que je pensais vraiment, j’ai surtout pensé à le rassurer, lui.
Maintenant c’est le soir, et je suis seule chez moi, avec les images de ce film improbable qui repassent dans ma tête, comme un Rohmer breton qui aurait laissé totalement la bride sur le cou de ses acteurs improvisés. Je voudrais effacer ces minutes de ma vie, parce que je sens que plus rien ne sera jamais pareil entre Victor et moi. La coquille protectrice qui nous tenait à distance s’est craquelée. Nous nous sommes rapprochés d’une manière brutale, inattendue mais aussi dans un incroyable élan de sincérité. C’était presque trop fort. Et j’ai besoin de temps maintenant pour digérer tout ça. En parler à ma psy peut-être. Ou à Sibylle, que je vois demain. Sibylle, la nouvelle et seule voyante de Douarnenez. Que diront ses cartes, si je leur demande?
Votez maintenant pour orienter la suite de l’histoire… Quelles cartes Aëlys va-elle tirer chez Sibylle?
Option 1 : La Justice, 8 de Coupes, Le jugement
Option 2 : 5 de Bâtons, Chevalier de Coupes, 4 de Pentacles



Tant d'émotions se télescopent dans cet épisode. Tant de ressentis que tu décris avec réalisme. Le passage sur les "Trop de ..." m'a beaucoup parlé, je l'ai relu plusieurs fois. Hâte lire les cartes de Sibylle. Merci pour ce délicieux moment de mes samedis matins.
Je ne sais plus que dire à l'issue de ma lecture. C'est un tel bouleversement émotionnel... C'est très beau et vrai !
Merci Gwenaëlle